Première Semaine de l’itinérance

ARCHIVE – RAIIQ

Mai 2013. Première Semaine de l’itinérance – Les nuances de ma rue

Du 14 au 17 mai 2013 s’est tenue à Québec la première « Semaine de l’itinérance », organisée par le Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAIIQ), visant à faire connaître et reconnaître le phénomène de l’itinérance à Québec et dans sa région, mais aussi à faire entendre la voix des plus démuni.e.s.

Cette Semaine a été lancée par un déjeuner-rencontre et point de presse, réunissant intervenant.e.s communautaires, élu.e.s municipaux, provinciaux et fédéraux, personnes usagères des ressources, partenaires du réseau de la santé, représentant.e.s de ministères. Mme Hivon, Ministre déléguée aux services sociaux, en charge des travaux sur la future Politique en itinérance, était également présente et est intervenue pour rappeler l’engagement du gouvernement.

Après ce lancement réussi où plus de 80 personnes étaient présentes, différentes activités étaient organisées au cours de la semaine. Une tournée en bus a permis de visiter 5 organismes intervenant auprès des jeunes, des femmes, des aîné.e.s et ainsi de faire découvrir la diversité des personnes et de leurs parcours, mais aussi la réalité du travail d’intervenant.e.

Un panel sur l’itinérance à Québec a été l’occasion de dresser le portrait de la situation, mais aussi d’échanger sur un rapport de la Direction de la santé publique sur les inégalités en matière de santé sur le territoire et sur une étude croisée entre Montréal et Québec sur l’occupation de l’espace public.

Ce panel a également représenté l’opportunité pour des personnes en situation ou ayant vécu l’itinérance de s’exprimer et de rapporter leur cheminement grâce à l’appui des organismes et des travailleurs.ses de rue. Enfin, la Semaine s’est achevée sur un temps de convivialité à travers un vernissage des œuvres crées par des personnes en situation d’itinérance.

De l’itinérance à Québec?

Comme le dit Frédéric Keck, Coordonnateur du RAIIQ, « l’itinérance est méconnue à Québec, on a l’impression que c’est un phénomène marginal. Or, ce n’est pas parce que ce n’est pas visible que cela n’existe pas ». L’un des enjeux de cette Semaine était ainsi de faire prendre conscience qu’au contraire, l’itinérance est une réalité forte à Québec. En progression comme dans d’autres régions, elle prend là aussi de nombreux visages, avec notamment un spectre d’âge qui s’agrandit, touchant des jeunes adolescent.e.s comme des personnes aînées en perte de mobilité. Ce vieillissement de la population itinérante est un fait particulièrement préoccupant, mis en avant par des organismes comme le Café Rencontre Centre-ville ou encore l’Archipel d’Entraide. Ce vieillissement rajoute en effet une pression sur les organismes qui ne sont pas forcément outillés pour faire face et demande des réponses spécifiques comme la relocalisation dans des logements adaptés.

A Québec, l’itinérance féminine est également très présente, comme l’a montré en 2008 le recensement de la population itinérante de Santé Québec, avec le constat que 36,5% des personnes fréquentant les ressources étaient des femmes. Le YWCA de Québec refuse en moyenne 400 femmes par an faute de places et de ressources suffisantes. Développant différents services pour aider les femmes itinérantes et parfois leurs enfants, allant de l’hébergement d’urgence au logement transitoire en passant par des programmes de réinsertion sur du plus long terme, les équipes du YWCA constatent des éléments communs chez les femmes accompagnées : 97% ont ainsi connu des épisodes de violences conjugales, familiales ou autres, et une forte proportion connaissent des problèmes de santé mentale et/ou consommation. Grâce à l’appui des intervenantes, beaucoup progressent positivement vers l’objectif qu’elles se sont données: retisser des liens avec la famille, se remettre dans une démarche d’emploi ou suivre une formation.

Cette Semaine de l’itinérance a ainsi eu les vertus, en plus de dresser le constat d’une itinérance bien réelle à Québec, de montrer le dynamisme des organismes et de rendre visible les bonnes pratiques, porteuses d’espoir, ainsi que le besoin criant de financement pour répondre à l’ensemble des demandes.